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Affichage des articles du 2024

Spartine salée

  Je suis cette spartine Ployant sous le vent Une danse en langueur Les herbes chantantes J'irais tous les jours Si mes pas étaient ciel Au large ricocher mes angoisses  M'amarrer  Aux empreintes des sarcelles

Vasière

  Mes pieds Sentiront la vasière Encore longtemps  Faut dire que j'ai plongé dedans  Le plaisir  De l'inconnu Les orteils qui s'enfoncent loin Sous le sable mouillé  Ne pas savoir  Ce qui se cache En dessous des algues Marcher,quand même, vers devant 

Bouteille à la mer

  Nous sommes Sur deux rives Aux abords du fleuve  Notre histoire  Forte comme les marées  Ascendantes Je n'aurais pas osé Espérer cette bouteille à la mer Et pourtant  Voilà qu'elle m'a écrit Pour pacifier les liens  J'ai pleuré  De la savoir  Vivante encore  Pleuré aussi  De tant de douceur  Dans ses mots Malgré la fin entre les lignes  Alors moi aussi  J'ai écris  Un bouteille à la mer Je ne sais pas  Si elle se rendra

Rester là

 Rester là C'est ce que je souhaiterais Mais le capital,demain M'attachera à ma chaise  Puisqu'il faut Payer le camp de jour,l'hypothèque et les pattes d'ours  Il faudra me souvenir  De laisser les tracas au boulot Et courir jusqu'au fleuve Il faudra me souvenir  Que la vie se vit hors du cubicule Que si je prête ma voix Aux heures ouvrables  Mon âme, elle Appartient à ces flots Appartient à la plage de galets Je suis une algue parmi les algues Et je tangue aux mouvements des eaux 

Rimouski

  C'est un territoire  Si grandiose  Que je ne peux croire Que j'y ai maintenant  Un toit  Je suis mère  Et arpente Les parcs En quête de nouveaux ami.e.s Pour les petits  Pourtant  C'est l'enfant en moi Qui exulte  Qui,ébahie, retourne encore et encore à La Tour des marées  La voir quitter Et revenir Cette eau salée  Cette eau prodige Le goût même de l'enfance  Et du chalet Gaspésien Je ne me remets pas De tant de joie Des goélands  Qui hurlent Du fond marin qui se révèle  Lorsque le fleuve S'absente  Je sens que j'aurai l'esprit ailleurs  Lorsque le travail reprendra J'aurai les pieds dans les algues Et le coeur à la promenade 

Madame qui court,Madame qui marche

 Je courrais depuis quelques kilomètres  Quand je me suis arrêté  Quelques pas J'y  ai croisé ce coureur Me demandant, faut-il le saluer? Son chandail strech rouge captait la lumière Et je n'osais pas Je gardais la tête haute et assumais  Mes pas plus lents Il a quitté ma vue lorsque j'ai réalisé  Que c'était lui La hantise de ma jeunesse  Celui dont les sobriquets Avaient dévastés mes jours J'étais donc là, madame qui court,madame qui marche Je l'ai dévisagé un peu N'y ai vu Qu 'un petit monsieur  La calvitie galopante  Et cette fois Je n'ai pas eu peur À peine une petite déception  L'ego qui aurait voulu sprinter Au moment de croiser l'ennemi  Vouloir être la plus forte Une libération  De ne plus craindre ce regard De ne plus craindre ses bombes de voix Je n'avais qu'au coeur  Le puissance des souliers Qui percutaient le sol Et les craintes D'être trop vue Écrasées  Enfin

Douze

  Douze jours avant Le grand départ  Avant le renouveau  J'arpente les rues, je vois la maison  Qui accueillera nos possibles Je peux enfin me résoudre  À rêver demain  C'est le fleuve, et le sable morcelé De coquillages et de pierres arrondies Ce sont les trésors de mes premières années  Et le projet fou d'un jour y habiter Si c'est l'enfant en soi Qu'on doit border d'amour  La fillette qui m'habite Trépigne enfin Les orteils dans l'humide du sable Des rochers à conquérir  On voit cette femme qui chancele  on la croit saoule, on la croit faible Et pourtant, c'est que son corps S'abreuve du vent, devient musique  Le paysage n'a de fin Que lorsqu'on cesse de s'y surprendre  Des territoires à s'enivrer 
 À la hauteur de Lévis Mon coeur a manqué un battement Aurait-on pu s'y croiser? Si le vide du coeur m'a aspiré C'est à Montmagny Que mon souffle a repris son élan

Sous-texte

 M'ennuyer d'elle Est une habitude Dont je ne sais pas encore  Me défaire  Je me jure chaque fois Lire ses derniers messages  Pour la dernière fois Mais je continue à y chercher  Du sous-texte sous les adieux

Coprin

 Coprin qui s'éveille au matin pluvieux  Le corps droit gorgé d'eau joyeuse  Ta tête parasol appelle la splendeur  Un cliché rapide,avant que se pointe le jour  L'effrenné de la vie Me happe à son bord Au retour,alors, Je clame t'avoir vu Pourtant rien de toi ne subsiste  Que l'idée d'un passage  Encré au néant Je n'ai pas vu de statue pleurer J'ai vu ce mirage de vie spongieuse  J'ai vu cette amie quitter mes rivages Sans se retourner jamais 

La danse

 Le nous s'est glissé Entre des cours de danse Mes jambes invasives piétinaient souvent tes pieds Je ne sais plus comment   Tu as proposé de prendre le thé  Mais très vite Nos phrases ont dit l'amitié  Toutes les deux Refusions  D'adopter du gazon de banlieue  On préférait cumuler Les tasses dans des cafés de quartier  Mettre nos vies sur la table Entre des matchas lattés T'était forte et mère-puissance Tu voyais chez moi des destins oubliés J'aurais rêvé être astronaute que tu y croyais déjà  Je n'étais que cette fille Qui attendait d'être choisie  Beaucoup d'amours amers À mon pedigree J'ai voulu une étoile  Dans mon petit cahier Être une femme comme tant d'autres, et autrui enfanter Et si ça a brassé Les entrailles de qui je suis Il a fallu ton appui solide et droit Pour que maternité soit douce Moi qui venait d'une lignée  De diagnostiquées On a enterré ensemble  Les ossements de nos hiers anguleux On a cru devenir soeurs et repousser l&

L'attente vaine

 De l'encre sur les doigts  J'écris à celles qui restent  Des mots pour marquer les liens Il y a elle pour qui je ne suis plus Que l'ombre d'une histoire  Celle qu'une part de moi Attend malgré tout J'hallucine en vain Le fil qui nous rattache Et les paupières closes Mes songes la réaniment  Il faudra des printemps  Collectés à mains nues Au bord de la rive Des coquillages vidés Par les jours de marées  Pour qu'enfin Fanent les tristesses

Je prendrais

 Je prendrais Du temps,encore Pour calmer la peine Me retenir, puisqu'il le faut Ne pas supplier d'amour  Je prendrais Des liens sincères  Et du doux dans les veines Des repères solides Pour que demain tienne Je prendrais mon coeur En offrande Un terreau fertile À semer près du fleuve Des rêves éveillés  Un chant qui de la gorge Viendrait moduler  Les marées 

Déni

 L'agenda ouvert J'y inscris les noms De gens que je pourrai saluer Avant le départ Je vois dans leurs yeux Qu'une page se ferme Pourtant  Je ne saisi pas encore  Que la distance physique  Éloignera certains coeurs  Je crois que les mots Sont des ponts Encore plus solides Que le poids des saisons 

Les liens par les mots

 J'avais débuté ce blog juste avant le début de la vingtaine, alors que je venait d'arriver à Montréal.  J'y partageais des photographies diverses, comme des cartes postales de vie d'adulte en ébauche. C'était un terrain de jeu festif et naïf.  Il a fallu quelques années avant que je lise d'autres blogs littéraires, qui sont vite devenus de grandes occasions de réflexion et de dépaysement.  J'y lisais des plumes douces et poétiques, et d'autres grinçantes ou colériques. Mais je les aimais toutes,ces plumes amies.  C'est aussi la magie des mots ( en version brève)qui m'a permis la rencontre du poète et créateur multi-magicien Guillaume C. Lajeunesse( https://www.guillaumelajeunesse.com/?m=1) Les blogs furent donc le théâtre de liens profonds,de rencontres, de tremblements de coeur. J'avais abandonné le mien un temps, doutant de sa pertinence, et de la mienne.  Me suis relu,aussi, puis j'ai eu honte de certains textes.  J'ai tout suppri

Mes cuisses

  C'est ce que j'ai vu en premier, sur cette photo qu'on m'avait envoyé. Je n'étais qu'un objet hors du focus, qui visait plutôt mes deux enfants,grignotant leur lunch en escapade à la forêt.  "Ils sont tellement cutes!' S'exclama donc leur grand-mère.  Certes. Pourtant, je suis resté un bon moment avec un profond dégoût pour l'image de moi projetée, cette vision de mon corps assit, les chairs molles. Où était donc cette musculature de feu que je m'évertue à entretenir, mes nouveaux mollets de coureuses, mes cuisses galbées et mes biceps? Je ne voyais maintenant qu'une madame,  mangeant sa salade de pâtes en famille.  Aurais-je dû me lever prestement,  prendre ma meilleure pose devant l'appareil? Il faut admettre que dorénavant,  je ne contrôle plus l'image de ce corps. Qu'à défaut de pouvoir le façonner pour séduire, je ne peux que le remercier de me porter depuis près de 40 ans. Qu'il faut enterrer la grossophobie et l&

Merci,Caroline

  Caroline Dawson est décédée,et cette nouvelle me tord le coeur. Pour ses proches, son conjoint, ses enfants, le reste de sa famille, et ses ami.e.s, mais également pour tout le milieu littéraire.  La mort est toujours cruelle, mais elle nous coupe ici d'une autrice magnifique, et d'une humaine tellement inspirante. Je la lisais, et j'écoutais ses chroniques à la radio. Je la réécoutais cette semaine, dans une entrevue où elle encourageait les gens à écrire des récits vrais, des idées nouvelles. Disait avoir écrit "Là où je me terre" à 40 ans,je crois.  Et je me dis,depuis,que c'est une chance inouïe que nous avons eu qu'elle prenne la plume.  Merci, Caroline. 🤍🤍🤍

La fête

 Si je saisis bien la finalité de cette amitié  Mon subconscient, lui, ne l'a pas encore assimilé.  Elle était protagoniste dans ce rêve de la nuit passée, un autre rêve, encore. Nous étions à une grande fête pour le mariage d'une autre amie, on s'y croisait parmi la foule de convives. Je lui demandais sans préambule de discuter,pour vrai, de la rupture de nos liens, j'exigeais qu'on revienne sur ces dix dernières années.  Elle répliquait que non,c'était trop tôt.  Me suis levée avec ce deuil au creux de la poitrine,celui qui apparaît lorsque les récriminations s'éteignent,lorsqu'on se demande tout bonnement comment l'autre se porte. Il semble que les amitiés déchuent demandent aussi au coeur un temps de réparation. 

Curiosité nocturne

 J'ai rêvé d'elle  Nous allions en ville, point de rencontre entre nos deux vies. Elle proposait le restaurant,  comme avant.  Disait avoir beaucoup à faire,et panoplie de gens à voir. J'étais perplexe, il y avait trop à débroussailler pour que nos âmes dialoguent en un 5 à 7 chronométré. Puis, agacée, elle disparaissait pour sauver une jeune future diplômée qui s'était égarée de sa soirée de collation de grades.  J'attendais un peu. Puis,comme elle ne revenait pas,je tentais de la contacter, pour réaliser ne plus avoir ses coordonnées.  Me suis éveillée à cette idée,  cette coupure de lien, cette absence de post-mortem sur la relation.   J'ai rêvé d'elle, et de cette fin beaucoup trop lyrique, un poème de presque haine, un aveu de désamitié.

Trop bientôt

 Le deuil C'est aussi  Voir la peine de la voisine  À bientôt ne plus voir grandir les enfants  Le déménagement  Et ses dommages collatéraux Elle, grande et courageuse octogénaire  De la fenêtre de sa chambre  Les yeux mouillés d'avance  Salut les petits  Une pratique générale  Avant le grand départ 

Beltane

 Un soleil de mai Du feu dans le ciel pour Beltane Admettre mon essence  Poing levé pour scander le vrai Je ne serai plus  Insuffisante pour personne  Je serai moi et et ce sera suffisant  Je serai moi et ce sera Florissant

La table

 Se reposer Beaucoup  Des siestes jamais assez nombreuses  Où s'envolent les heures Je décape mes hantises Et la table basse aussi Contrôler si peu Mais le rendu du bois Ça oui

Fatiguée

 Ma tête sur l'oreiller  C'est quasi paradisiaque  S'éteignent enfin Les murmures du jour Les charges de la mère  Les spécialistes qui font la file  Des tâches encore  À cocher sur une liste  La poussière s'accumule  Plus vite que je passe le balais Des monstres s'animent  Dans les commodes des enfants  Trop peu d'heures  Pour être femme à la maison Quand en plus Il y a le boulot Les dossiers en châteaux de cartes Menacent de s'effondrer  Sur ma tête  À un poil de l'explosion  Je me demande  Quand est-ce qu'on aura enfin le temps  De faire une cachette de couvertures  De jouer sans regarder l'heure  Sans devoir prévoir le souper  Et ses aliments équilibrés Je dors, ou plutôt  Je m'échoue Sur les berges d'une liberté volée  Celle des songes dans lesquels je ne suis que moi Sans titres,sans étiquettes  Gambader joyeusement sans devoir m'accomplir Le multitask à off,enfin. Puis, il y a des mots, un baiser rapide avant que le jour soit le

Demain

 Cette maison  Presque la nôtre  Mais rangée, comme pour y accueillir  Des songes futurs Et des bottes d'enfants tannants En montagne dans l'entrée  Il y aura un après  Lorsque nous quitteront les lieux  Il y aura d'autres visages  D'autres rires et quelques querelles  Parfois Et il y aura nous Dans un ailleurs indéterminé Une vie en filigrane J'attends que le soleil  Éclaire les possibles 

Violence ordinaire

 Des mots épées dans une rencontre familiale  Des mots hideux qu'il m'aurait fallu capter au vol Trop de choses que j'aurais dû rectifier Mais Ça n'aurait servi à rien Il n'y a que son vécu qui prime La réalité d'autrui  Ne l'intéresse  Que si elle peut lui en soutirer  Quelque chose  Et même tenter La confidence A été finalement rabroué Puisqu'en ce groupe,toujours  Certaines choses vivent mieux cachées sous le tapis J'ai hâte d'avoir un jour Une famille choisie

Recueils

 La bibliothèque comme lieu de débauche  Un vendredi soir,passé trente-cinq ans Manger. Vivre en famille.  Coucher les enfants.  Lire. Lire. Enchaîner les recueils comme autant de petits gâteaux vanillés qu'on gobe presque sans respirer.  Le sucre ardent des mots des autres.  Dans mon coeur et dans mes veines. Pour croire,aussi,au poids de mes mots à moi.