Accéder au contenu principal

Mes cuisses

 

C'est ce que j'ai vu en premier, sur cette photo qu'on m'avait envoyé.

Je n'étais qu'un objet hors du focus, qui visait plutôt mes deux enfants,grignotant leur lunch en escapade à la forêt. 

"Ils sont tellement cutes!' S'exclama donc leur grand-mère. 

Certes.

Pourtant, je suis resté un bon moment avec un profond dégoût pour l'image de moi projetée, cette vision de mon corps assit, les chairs molles. Où était donc cette musculature de feu que je m'évertue à entretenir, mes nouveaux mollets de coureuses, mes cuisses galbées et mes biceps? Je ne voyais maintenant qu'une madame,  mangeant sa salade de pâtes en famille.  Aurais-je dû me lever prestement,  prendre ma meilleure pose devant l'appareil?


Il faut admettre que dorénavant,  je ne contrôle plus l'image de ce corps. Qu'à défaut de pouvoir le façonner pour séduire, je ne peux que le remercier de me porter depuis près de 40 ans. Qu'il faut enterrer la grossophobie et l'âgisme. Et juste vivre,pleinement. 



Commentaires

  1. J'te comprends. On dirait qu'avec l'âge vient une inévitable « madamification » et « monsieur-ification ». Ou bedon, une « madamorphose » et une « monsieumorphose ». Y a des jours, je me regarde dans le miroir, je me trouve hot. D'autres jours, j'ai l'air d'un monsieur. Héhé. Faut faire avec. Pas s'en faire avec ça. C'est pas si mal. Ça fait un camouflage.

    RépondreSupprimer
  2. Oh, merci pour la réflexion, ça me parle beaucoup ! J'adore l'idée du camouflage !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Ombrelle

 Les ombrelles Lourdes du poids Des gouttes qui désaltèrent Des abreuvoirs pleins De reflets à siroter La verdure de la cour Comme autant de points d'eau  Pour le vivant Je pourrais rester là  Des heures durant  À espionner ce qui pousse Le froissement des feuilles Qui se délient  La rotation lente Des stigmates en éveil Les fleurs savent dire  Les fragilités de la joie

Écrire

 Écrire  Pour prendre le pouls de mon histoire  Apâter les souvenirs qui s'étirent comme un matin brumeux Mettre des sons qui claquent Sur des fragments de vécu Trouver les pièces qui concordent  Au puzzle qui prend la poussière  Plonger pour le seul bénéfice  D'apposer des lucioles Dans les craques qui bordent les noirceurs  Écrire 

Laisser au fleuve

 Laisser au fleuve Ce qui s'évapore dans la colère  croire en la force des marées  Regarder les quidams cueillir aux plages Les récits qu'iels voudront conserver Libérer mes vérités  des interstices du mutisme  Apaiser la crainte d'être faussaire Rien de ce qui blesse  ne peut s'apprivoiser  S'ouvrir l'âme  Aux sourires esquissés au coin d'une table Aux échanges brefs qui portent loin Aux liens qui poussent sans exiger À la magie qui déposera  Du bois poli d'incertitudes  Et le courage d'avancer quand même