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Réflexion à l'aurore

 J'ai rêvé d'elle,encore. J'imagine qu'il faudrait que je cesse de regarder nos anciens courriels, arrêter de chercher du sens à la rupture présente dans nos querelles passées.  Elle passait nous visiter avec ses enfants, et son nouveau polycule, qui dans ce rêve était constitué de plusieurs amant.e.s, et j'étais là, à essayer de comprendre comment sa vie avait changé en un mois, à vouloir clarifier cela dans ma tête, à vouloir savoir qui était son.ses. amoureux.euse.s et elle avait répondu que ça importait peu,qu'iels étaient tous précieux.euses et que leurs amours fluctuaient.  J'étais désemparée de la distance de notre amitié déchue, et complètement dépassée par la situation, moi qui espérais naïvement pouvoir discuter de notre relation, décortiquer l'escalade des dernières semaines.  

Je me suis réveillée avec un constat d'échec, celui de mon incapacité à tourner la page, parce que visiblement, mon coeur ne se fait pas aux adieux, aux points finaux de son message, et oppressée par le manque, parce que dix ans d'amitié, ça ne s'efface pas comme cela pour moi.

C'est étrange, parce que je sais pertinemment qu'elle pourrait énoncer mes failles, mon manque d'engagement et l'abandon de nos liens, reste que mon vécu, dans tout cela, est plutôt de l'ordre d'avoir tenté de colmater les déchirures,  tenté d'être active dans nos échanges,  tenté d'honorer l'amitié au travers du chaos de mon quotidien.  Peut-être a-t-elle raison; entre ses besoins et mes limites, un univers infranchissable s'est posé. Reste que je m'ennuie, de qui elle est,comme individu, de nos échanges, de la complicité des années, de nos mains tendues face au quotidien.  


Le chemin sera long, et souffrant sans doute aussi. Je travaille à ne pas être cringe depuis un mois, l'application téléchargée m'indique depuis combien de jours je ne lui écris pas,depuis combien de jours j'avance sans cette personne qui connaissait tout de moi. Je me gère, pour ne pas la relancer, pour ne pas nous replonger dans un cercle infini de mélodrames qu'on ne sait pas prévenir.  Mes mains sont nouées, pour ne pas flancher. J'essaie de découvrir quelle amie je peux devenir pour les autres,  dans le respect de mon rythme, entre ma pile à lire, mon apprentissage du crochet,la réalisation de vestes archi-laides et mes cravings pour des crèmes glacées artisanales. C'est l'été, et le ciel ici est toujours un théâtre d'éblouissement. 




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