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Autopsie d'un deuil amical- Le doute

 42 jours, 19 heures, 4 minutes et 25 secondes.  Les jours qui se poursuivent, dans le silence de l'inconfort, à relire les messages, à tenter de voir où mes réponses auraient pu être différentes,et comment la communication aurait pu être optimisée. Comme si je n'étais qu'à une phrase, ou même une virgule d'une réconciliation. 

Passer une journée, encore, à rédiger un message, mais à avoir tellement peur de sa réponse, à analyser mes propos sous l'œil de sa souffrance, à trouver que rien ne passe le test, parce que je n'ai rien de neuf à proposer, outre mon amitié habituelle, peuplée de ses failles et ses lumières, mon désir de l'accompagner au quotidien, de tendre les mains, encore, parce qu'il me semble que le chemin à venir semble si grand qu'il faudrait nos deux âmes pour en embrasser l'immensité.  Un désir de sororité qui dépasse les blessures.

Et puis, je me souviens qu'elle ne voulait plus de moi. Que je ne suffisais pas. Et soudain, mon petit message doute de sa propre pertinence. 

 Il y a ce conflit profond : le désir de respecter ses limites, celui de ne pas replonger exactement là où on était, dans cette version de moi qui rampe pour reprendre le lien, et d'elle qui accepte, par amour, aussi, mais qui s'épuise à ne pas sentir l'amplitude de ses besoins comblés. 
Et l'injustice criante pour mes douleurs intérieures : elle m'a dit adieu, ce serait à elle de me relancer si elle souhaitait, non ?
Il y a tant de niveaux à évaluer,tant de parts de nous-mêmes à reconquérir, que je ne sais plus à qui, en elle, m'adresser..
Alors, à bout de souffle, je choisis encore cet espace, où garocher mon petit ressenti en papillote. Les mots se fraient un chemin, rien n'a de sens, mais je dois apprendre, je suppose, à marcher sur un étang, tantôt en apesanteur, tantôt les pieds dans des attelles en béton. 




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