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La promenade

 La forêt. Belle et accueillante, chaleureuse malgré le froid de la neige qui s'amoncelle aux branches de ses arbres. On marche en famille, le plus vieux traîne les pieds, lui qui aurait préféré faire du ski de fond. Il souhaite alors jouer à la cache-cache sur le trajet,veut faire autre chose que coordonner ses pieds vers un objectif, il espère ajouter de la magie à ses déplacements. 
L'anxiété m'indique qu'il faut rester sur le sentier principal, ne pas trop s'éloigner, conserver une distance respectable, et je m'en veux d'être cette mère trop couvrante, qui ne lui laisse peut-être pas assez découvrir son environnement. 

Alors, chemin faisant, le plus jeune m'incite à personnifier une fée, ou alors un gnome? Je joue distraitement, je tente de repérer l'ainé au travers des branchages. Une fois, deux fois. On le retrouve, il peste un peu d'être découvert. 

Au troisième camouflage, je ne le vois pas, son père non plus, il m'incite à respirer, peut-être est-il seulement plus loin, ayant couru pour nous semer sur le sentier? Mes pas s'accumulent, mais l'angoisse aussi. 


Je rebrousse chemin, j'ai atteins ma zone d'ouverture face à l'inconnu. Les pensées intrusives se massent dans mon cerveau, tandis que je tiens solidement le cadet par la main, criant le prénom du plus vieux en scrutant les abords de la route enneigée. 

Les scénarios catastrophiques strient mon esprit empêtré, l'enfant perdu jusqu'à la nuit tombée,  son corps gelé, des traces qui ne mèneraient qu'à l'arrivée vaine des secours.

Puis, je vois un groupe d'adultes massés au détour d'une boucle. Je me retiens de courir lorsque je perçois sa tuque au travers des manteaux des grands. Je ne veux pas être cette mère qui se liquifie devant un public, aussi bienveillant soit-il.
On se rejoint au milieu, entre sa première frayeur de garçon de neuf ans, et ma culpabilité monstrueuse de ne pas l'avoir assez protégé cette fois-là.

On remercie les douces personnes qui se sont alertées de voir fiston pleurer, qui ont entendu la souffrance qui criait au-delà d'une cachette trop bien élaborée. 

Tandis qu'il me racontait sa solitude et sa première grande peur, j'ai pris conscience de tout un pan de l'univers dont je ne pourrai pas le protéger, toutes ces expériences du monde, toutes ces fois où sa voix résonnera fort, et que je ne serai pas là, malgré moi; à la récréation au retour des vacances,  ou au secondaire, dans quelques années, face à des adolescents intimidants, au travail, adulte, dans un milieu compétitif, ou devant la fermeture d'un visage aimé après une rupture.

Je ne serai pas de tous ces instants, mais il saura, j'espère, me retrouver, me raconter toutes ses victoires et ses blessures.




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