Accéder au contenu principal

Mes condoléances

 J'ai hésité, dans le vestibule.

Aurais-je dû garder mon châle? 

C'est que ces jours-ci, j'ai froid aux fondations de mon être.

 Il y avait l'urne sur la table, mais je ne m'en suis pas approchée, ni de corps, ni d'esprit.

 J'étais possédée de mes propres tristesses, ces choses qui ont éclipsé les morts des autres. Je pleurais pour les mauvaises raisons, pour d'autres que celles du deuil, ou à tout le moins pour un deuil autre.

Les angoisses étaient revenues au galop et tordaient mes yeux à la moindre sensibilité, j'étais celle qui se liquifiait lorsqu'on laissait sous-entendre que le retour au travail serait ardu, et même lorsqu'on parlait de fond de pension et de retraite qui n'existeraient jamais.

J'ai raté les sandwichs pas de croûtes. 

Mais les salades étaient délicieuses. 

En sortant, j'ai oublié mon sac.

Et surtout, de semer mes condoléances, de les enrubanner de douceur.

Encore une fois, je n'ai pas su être là.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Ombrelle

 Les ombrelles Lourdes du poids Des gouttes qui désaltèrent Des abreuvoirs pleins De reflets à siroter La verdure de la cour Comme autant de points d'eau  Pour le vivant Je pourrais rester là  Des heures durant  À espionner ce qui pousse Le froissement des feuilles Qui se délient  La rotation lente Des stigmates en éveil Les fleurs savent dire  Les fragilités de la joie

Écrire

 Écrire  Pour prendre le pouls de mon histoire  Apâter les souvenirs qui s'étirent comme un matin brumeux Mettre des sons qui claquent Sur des fragments de vécu Trouver les pièces qui concordent  Au puzzle qui prend la poussière  Plonger pour le seul bénéfice  D'apposer des lucioles Dans les craques qui bordent les noirceurs  Écrire 

L'asphalte

Ce qui reste de nous Se compte entre les craques des trottoirs Aux embranchures molles de nos secrets fanés J'ai cessé de vouloir réanimer nos souffles éteints J'accepte l'inévitable désenchantement  Dehors, les oiseaux déjà marquent le chemin  Territoire d'asphalte aux imprimés graciles Leurs pas légers s'envolent  Vers des demains aux plumes duveteuses J'irai couver ce qui n'existe pas encore  Mes partitions d'amour  Des ailes pour une hutte Où je panserai mes plaies